cours 2

CIVILISATION FRANCAISE – II A

Cours de M. Bron

 

 

 

COURS N°2 – L’ESPACE FRANÇAIS   /   LES PHENOMENES PARISIENS

 

 

 

Il s’agit ici de commencer « sous le signe de la géographie », comme le dit Fernand Braudel à propos du chapitre  Espace et Histoire de son Identité de la France (Flammarion, Coll. Champs, 1990 – plusieurs volumes, mais ouvrage inachevé). Soulignons avec lui que les paysages et l’espace d’un pays sont à la fois des réalités présentes et des survivances du passé (du passé engrangé) : en les abordant, on amorce un va-et-vient entre hier et aujourd’hui.

 

1. La diversité

 

Ce n’est pas une originalité, mais parler de la diversité de la France semble incontournable : F. Braudel fait de ce mot le titre de son premier chapitre, reprenant une formule de Lucien Febvre  « Que la France se nomme diversité ».

Y a-t-il une unité française, ou bien une mosaïque de cent, mille France(s) différentes ?

En 1787, on comptait jusqu’à 17 unités de mesure agraire différentes dans la même circonscription : de quoi décourager les percepteurs des impôts !

Habitat, patois, costumes… La diversité demeure malgré le processus d’unification linguistique et l’effet uniformisant du développement industriel et des transports.

La France est faite à l’origine de Provinces, elles-mêmes divisée en « pays »

Les différences sont dues au relief (plaines, massifs anciens, chaînes alpines), aux climats, à la végétation, aux types de sol… Ceux-ci génèrent de nombreux micro-milieux, mais principalement une coupure Nord – Midi (c’est par ce mot que l’on désigne le Sud de la France), qui est aussi l’opposition de deux langues (langue d’Oc et langue d’Oïl), de deux cultures, de deux civilisations.

 

Le village est l’unité micro-économique d’origine : attachée primitivement à l’autosuffisance, elle a développé des solutions locales agricoles ou industrielles, qui sont encore de nos jours autant de « spécialités » : marrons de l’Ardèche, berlingots de Carpentras ou saucisson d’Arles, dentelles du Puy, coutellerie de Laguiole ou chaudronnerie de Durfort… La liste en est presque interminable…

Lorsque le dépeuplement des campagnes a entraîné des migrations vers les villes, l’origine ne s’est pas perdue pour autant : les Auvergnats de Paris, marchands de vin et cafetiers, gardent l’attachement à leur origine régional. L’« esprit de clocher » prend souvent de nos jours un caractère de revendication identitaire…

 

La monarchie n’a jamais pu unifier le royaume et contrôler totalement les Provinces, tenues par des contre-pouvoirs seigneuriaux. La République (Assemblée Constituante de 1790) a introduit le découpage en départements avec l’intention d’ « égaliser » le territoire, en y assurant une représentation géographiquement uniforme de l’Etat (préfectures). Mais force est de constater que « les Français restent très attachés à l’identité de chaque lieu, au particularisme des usages locaux, à une manière d’organiser leur vie quotidienne dans un cercle assez restreint pour ne pas être anonyme » (Frémont)

 

Un parallélisme pourrait être tenté entre les trois termes de la devise républicaine (liberté, égalité, fraternité) et les différents étages du découpage de l’espace français

-        commune / liberté : au niveau de la commune, on aménage librement la vie sociale, on se débrouille, quitte à contourner un peu les règlements…

-        département / égalité : ce découpage résulte d’une volonté rationnelle et unifiante incarnée par l’administration préfectorale

-        région / fraternité : la région est l’espace de solidarités plus larges, voire européennes

 

 

2. Les communes

 

L’exiguité (petite taille) des communes est une particularité française.

Le territoire compte 36551 communes, en moyenne de 500 à 5000 hectares (la plus petite mesure seulement 3,76 hectares, la taille d’un petit champ !)

Le découpage en communes, fixé après la Révolution sur des bases plus anciennes, a très peu évolué (en 1800, on comptait environ 37000 communes)

 

Les communes rurales

 

La plus grande part des communes (30000) est constituée de communes rurales (de moins de 2000 habitants) ; presque les deux tiers ont moins de 500 habitants, un millier moins de 50, et la moins peuplée compte 1 seul habitant recensé !!!

60% des communes regroupent à peine 7% de la population. C’est ce qu’on appelle parfois la « France profonde ».

 

Les campagnes ont connu, surtout depuis le début du XXème siècle, une phase de dépeuplement (exode rural) ; mais on assiste à un phénomène récent de repeuplement, qui concerne princialement les communes rurales périphériques des agglomérations. Un continuum ville-campagne se constitue, qui attire des populations en quête d’une meilleure qualité de vie, et animés d’un « désir de village » qui réhabilite les valeurs et les traditions de la campagne. Un « esprit de terroir » succède à l’ « esprit de clocher », exprimant les préoccupations à la fois identitaires et écologiques des « néo-ruraux ».

 

Les communes rurales sont aujourd’hui le lieu d’une vie sociale particulière basée sur la proximité. Les élections dans les communes de moins de 3500 habitants permettent le panachage des listes. Le village est souvent animé par un Comité des fêtes, ou diverses associations. Il y subsiste une économie informelle faite d’entraide et d’échange. 

 

 

Les communes urbaines

 

Les communes urbaines (environ 6500 communes) regroupent 75% de la population. Elles ont connu une forte croissance, mais très peu de communes nouvelles ont été créées.

Les élections y ont un caractère plus politique (sans panachage), plus « national », mais l’attachement au passé local y reste fort ; le patrimoine est très activement restauré, les personnages célèbres du cru sont honorés, nombre d’entre elles s’attribuent le qualificatif de « Villes d’art et d’histoire ». Le phénomène associatif y est également très développé.

D’une façon générale, l’émiettement communal forme avec la centralisation de l’état français un complexe assez paradoxal, quelque peu schizophrène…

 

Documents

Georges Brassens : Ballade des gens qui sont nés quelque part 

De l’esprit de clocher à l’esprit de terroir 

 

3. Les départements

 

Malgré le caractère unifiant ayant inspiré leur découpage, les départements n’ont pas échappé à la diversifiaction :

-        certains s’organisent autour de leur aggomération centrale

-        d’autres se désertifient au profit de grandes villes extérieures

-        certains ont pour ville principale une véritable « métropole régionale » rayonnant bien au-delà du département

-        Paris représente un département original, entièrement urbanisé (une ville-département) et subdivisé en arrondissements ayant chacun une mairie d’arrondissement.

 

Les départements font eux-mêmes l’objet de deux autres découpages administratifs : les cantons, qui permettent l’élection des conseillers généraux (le Conseil général est l’assemblée départementale), et les arrondissements (qui ont chacun un sous-préfet). Chaque département a à sa tête un préfet.

 

La France compte ainsi 96 départements, divisés en 329 arrondissements et 3879 cantons.

Les départements représentent une division relativement étroite, et des voix s’élèvent pour demander leur suppression (comme elles incitent à l’intercommunalité) ; mais ils restent l’objet d’un investissement symbolique (hôtel de préfecture) et identitaire certain.

 

4. Les régions

 

La France a longtemps manifesté une sorte de méfiance face aux régions, répétant l’ancien réflexe jacobin face aux anciennes provinces.

En 1955 est lancé la première « régionalisation » de la France. Mais en 1969, De Gaulle perd le référendum sur la décentralisation et quitte le pouvoir.

C’est seulement en 1982 que sont créés les Conseils régionaux (hébergés dans l’Hôtel de Région)

Il y a actuellemnt en France 22 régions, relativement petites au niveau européen, et n’échappant pas à la diversité de taille (de 2 à 8 départements), de population (de 1 à 6 millions d’habitants), d’identité (régions à faible sentiment d’appartenance vs régions à forte identification, comme la Bretagne ou l’Alsace)

 

Les régions, parfois contestées (une division territoriale de plus, des impôts et des lieux de pouvoir supplémentaires), peuvent être également le lieu d’une revendication d’autonomie face au pouvoir parisien, spécialement pour celles qui ont une unité culturelle ou linguistique affirmée.

 

5. L’espace national

 

C’est la Convention (1792) qui proclame la République « une et indivisible ». En réalisant la République unie et centralisée, le pouvoir révolutionnaire accomplit ce qui était déjà l’objectif de la Royauté : dès le XIIIème siècles, baillis et sénéchaux tentaient d’assurer dans les provinces la présence du pouvoir royal, les intendants de Louis XIV y collectaient l’impôt… Les routes royales dessinent dès le XVIIIème siècle la figure caractéristique d’une étoile ayant Paris pour centre. Dès avant la Révolution c’est à Paris que se concentrent les forces vives du pays, alors que deux siècles auparavant Montaigne montait déjà de Dordogne à Paris pour y tenter fortune…

 

Le réseau ferré et le réseau autoroutier en France : la figure de l’étoile rayonnant à partir de Paris

 réseau autoroutes de France

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En 1790, c’est l’option « jacobine » centralisatrice qui l’emporte sur les Girondins fédéralistes. Le terme de « jacobinisme » est toujours employé dans le vocabulaire politique actuel, même si c’est généralement pour critiquer une centralisation excessive.

Napoléon poursuit dans cette direction avec l’invention des préfets (en 1800)

La IIIème République étend l’autorité des préfets sur les communes, et poursuit la tâche d’unification linguistique.

 

Paris attire et rayonne au point qu’en 1947, le géographe Jean-François Gravier souligne le déséquilibre entre « Paris et le désert français ».

Mais la volonté politique se heurte aux habitudes, et les politiques « régionales » apparaissent encore souvent pilotées du centre. La première véritable décentralisation date de 1982 : la loi Deferre opère un transfert de compétences aux régions, mais l’Etat conserve des attributions importantes, et signe des contrats Etat-Régions.

 

Le transfert à Strasbourg de la prestigieuse ENA (Ecole Nationale d’Administration) a pris plus de dix ans, et encore conserve-t-elle une antenne à Paris.

 L’ENA se présente – ENA, Ecole nationale d’administration

 

La France manifeste de façon persistante son attachement à l’espace national centralisé. Elle n’adhère guère à l’idée d’une « Europe des régions » qui séduit plutôt les séparatistes corses, bretons ou basques. Elle exorcise par ce « désir de centre » la crainte d’une dislocation sans doute inscrite dans la conscience collective par les blessures déjà anciennes mais combien profondes de l’histoire (perte de l’Alsace-Lorraine en 1870).

Ainsi la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, signée par la France en 1999, n’a-t-elle pas été ratifiée, à la suite des réserves du Conseil constitutionnel.

 

6. Espace français et espace européen

 

L’axe du Rhône et de la Saone, permettant la communication entre l’Europe du Sud et l’Europe du Nord, a parfois été défini comme l’ « isthme français » (un isthme est un passage relativement étroit entre deux terres ou deux continents). En fait, le Rhône est souvent apparu comme une frontière ou un obstacle difficile à maîtriser, plutôt que comme une voie commode de circulation. Malgré l’aménagement moderne de la vallée du Rhône, les grands flux commerciaux maintiennent au second plan l’axe rhodanien au profit de l’ « isthme allemand », pourtant handicapé par le passage des Alpes.

 

Par ailleurs, cet axe apparaît plutôt comme un facteur de division de l’espace français. Une ligne imaginaire SE-NW reliant Marseille, Lyon et le Havre, sépare la France en deux : un Nord-Est industrialisé et urbanisé, économiquement dynamique, et un Sud-Ouest plus léthargique et rural, un peu en marge, misant davantage sur le tourisme. Mais cette division est avant tout l’effet de la puissance de rayonnement de l’Ile-de-France, qui fédère et influence autour d’elle un vaste ensemble géographique et économique s’étendant de la Bretagne à la Lorraine et du nord du Massif Central à la Belgique. En dehors de cet ensemble, les autres régions de France peinent à s’inscrire dans la dimension européenne.

 

7. Paris capitale

 

Paris est en France une exception en tout. Par sa population (près de 10 millions pour l’agglomération), sa position de carrefour européen, sa place dominante dans la plupart des domaines :

-        économique : centre économique tout à la fois régional, national et international, Paris a conquis sa place au niveau mondial dans les domaines de la mode et de la haute-couture, du design, de la bijouterie et des parfums, de l’édition… sans consacrer pourtant toutes ses forces au commerce, à l’instar de la City londonienne.

-        politique : la fonction politique reste la fonction déterminante de Paris, ville marquée par l’exercice du pouvoir, véritable livre d’histoire que chaque dirigeant s’attache à enrichir d’une œuvre architecturale remarquable (pour s’en tenir à l’Histoire récente, Pompidou a fait le Centre Beaubourg, Mitterrand la Grande Bibliothèque, l’Opéra Bastille, le Grand Louvre et sa pyramide, Chirac le Musée du Quai Branly…)

-        culturelle : Paris concentre l’essentiel des élites intellectuelles et universitaires (le Quartier Latin est celui des grandes universités parisiennes). Depuis que le XVIème siècle y vit fleurir les Salons (Mme de Sévigné…), nombreuses sont les écoles littéraires, philosophiques, artistiques, qui s’y sont donné rendez-vous : Voltaire au café Procope, tant et tant d’artistes à Saint-Germain-des-Prés, les existentialistes au Café de Flore et aux Deux-Magots, les surréalistes à la Coupole ou à la Closerie des Lilas… La vie intellectuelle et artistique continue à se faire en grande part à Paris, qui regorge de prestigieuses salles de théâtre, de variétés et de concerts, de musées et de lieux d’exposition… Cest à Paris que sont décernés les Grands Prix Littéraires, et Paris reste la capitale de l’édition (maisons d’édition telle la NRF fondée par André Gide, revues littéraires…)

 

Paris a donné naissance à divers phénomènes que l’on regroupe parfois sous le mot « parisianisme », bien que ce dernier reçoive facilement une connotation négative.

Il est certain que dans bien des occasions Paris a donné et donne encore le ton, façonne le goût, la mode, l’opinion…

Dans les annexes suivantes, nous jetterons un regard sur deux aspects très différents, mais qui ont en commun d’être souvent donnés pour caractéristiques de la civilisation française, et qui par ailleurs se rattachent pour l’essentiel au cadre parisien :

-        le contre-pouvoir des intellectuels

-        la distinction et le bon goût

 

 

ANNEXE 1.  LES INTELLECTUELS

 

 

Qu’est-ce qu’un intellectuel ?

 

Le mot (employé comme substantif) apparaît au XIXème siècle sous la plume de Clémenceau (« Manifeste des intellectuels »).

Selon Dominique Wolton, « un intellectuel, tel que l’Affaire Dreyfus l’a symbolisé, est un professionnel de la culture qui décide de prendre publiquement position sur un ou des problèmes de société ou de politique ne relevant pas forcément de sa compétence professionnelle. Cette intervention se fait au nom de la légitimité acquise antérieurement dans la sphère professionnelle. »

En conséquence devenir un « intellectuel » suppose trois conditions :

-        avoir une compétence reconnue dans le domaine  scientifique ou culturel

-        intervenir sur des questions de société ou de politique

-        prendre sur ces questions des positions marquées, le plus souvent à l’encontre du discours dominant.

 

Origines du phénomène

 

Si l’on définit l’intellectuel comme un spécialiste intervenant en dehors de sa spécialité, il est alors possible d’inscrire cette attitude dans la longue tradition des penseurs qui, depuis Montaigne, se réservent le droit de parler de tout, ayant été formés à la source d’une culture générale et humaniste considérée, au détriment de la culture technique, comme la «vraie » culture.

Ils sont un peu les fils de cet « honnête homme » à la tête bien faite plutôt que bien pleine, sachant aborder tout sujet avec esprit critique, et dont on a longtemps fait un modèle.

 

L’affaire Dreyfus

 

L’accusation d’espionnage et de haute trahison lancée à tort en 1898 contre un officier juif, le capitaine Dreyfus, cristallisa l’opinion à la fin du XIXème siècle, en opposant les défenseurs de Dreyfus, parmi lesquels Emile Zola (« J’accuse ») aux anti-dreyfusards nationalistes et antisémites. C’était clairement le combat de la droite contre la gauche, et cela situait durablement les intellectuels dans le camp de la gauche, héritière de Voltaire et de Diderot comme de 1789.

 

La droite et la gauche dans l’histoire

 

Ces termes indiquaient simplement à l’origine la place occupée par les députés à l’Assemblée Nationale de 1789. A droite étaient les défenseurs de l’Ancien Régime, les royalistes, soutenus par l’église. A gauche les Républicains, les « amis du peuple » luttant pour la liberté et l’égalité. Le partage était simple, l’opposition frontale. Cette affrontement marquera durablement la vie politique française jusqu’à nos jours.

Les circonstances historiques ont été nombreuses où ces deux courants se sont affrontés : face à la menace fasciste s’est levé en 1936 le Front Populaire réunissant toute la gauche française. les idéaux de la Résistance ont été portés par le Parti Communiste qui luttait, en même temps que De Gaulle, contre l’occupation allemande. Face à la Guerre d’Espagne, à la décolonisation et à la Guerre d’Algérie, face à la Guerre du Vietnam, il était aisé de choisir son camp : celui des républicains, des pacifistes, des partisans de l’indépendance des colonies, de la liberté contre toutes les opressions, c’était la gauche.

Sur le plan économique et social, la gauche défendait naturellement les pauvres contre les riches, les ouvriers contre les patrons, la justice sociale contre les inégalités. Elle se reconnaissait dans les idéaux du socialisme.

 

Droite et gauche aujourd’hui

 

Bien des éléments sont venus brouiller les cartes, jusqu’à une période récente.

On peut schématiquement répartir les courants politiques dans la France d’aujourd’hui en quatre groupes : la gauche modérée (rose, Parti Socialiste), la gauche radicale (rouge, Parti Communiste et partis d’extrême-gauche), la droite modérée (qui s’est longtemps réclamée du gaullisme), l’extrême-droite (autour de la figure emblématique de Jean-Marie Le Pen).

 

La droite française a pour l’essentiel accepté les valeurs de la République, et s’y est ralliée comme l’Eglise elle-même. De Gaulle a pour sa part réalisé une sorte de synthèse en intégrant dans ses conceptions de droite certaines valeurs de la gauche (droit à l’indépendance et à l’autodétermination des peules). De son côté la gauche a pour une part renoncé à l’utopie égalitaire, et accepté les inégalités tout en cherchant à les atténuer.

La dialectique du Progrès (traditionnellement revendiqué par la gauche) et de la Réaction (priorité donnée par la droite au maintien de l’ordre établi) en est venue à produire des inversions de sens : la droite actuelle accuse la gauche d’immobilisme  ou de passéisme quand elle cherche à maintenir des avantages sociaux acquis dans le passé au profit des plus défavorisés. Elle présente comme un progrès tout ce qui favorise la compétitivité des entreprises, même si cela aggrave la situation des employés.

Beaucoup remettent en cause aujourd’hui l’opposition droite-gauche, en constatant que la ligne de partage n’est plus très nette sur certains sujets : l’Europe, l’écologie…

Cependant, la politique française reste très profondément marquée par cette opposition droite-gauche, qui prend souvent aujourd’hui le sens d’une opposition entre les partisans du libéralisme économique et de la globalisation (droite), et ceux qui veulent un contrôle du marché et des échanges évitant de trop criantes inégalités (gauche). Ce combat de la gauche d’aujourd’hui, qui rejoint le vieux credo humaniste, pose la priorité de l’Homme sur l’Economie, et se nourrit de toutes les révoltes contre le « pouvoir de l’argent », et le seul critère de la rentabilité financière. Pour la « droite », l’argent signifie la réussite de l’individu, la reconnaissnce de ses qualités, pour la « gauche », il reste « sale » et dégrade les rapports humains …

 

Les intellectuels et la gauche

 

Le long détour ci-dessus sur la définition de la droite et de la gauche permet de comprendre l’engagement à gauche de la quasi-totalité des « intellectuels ». Après la guerre, beaucoup d’intellectuels se rapprochèrent du Parti Communiste Français, qui sortait grandi de la Résistance. Certains le rejoignirent, puis parfois le quittèrent, d’autres furent ses « compagnons de route ». Leurs voix à tous exprimaient contestation et révolte : Aragon, Breton, Eluard, Nizan, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Althusser, Michel Foucault…

Aujourd’hui, les intellectuels se sont faits dans l’ensemble plus discrets sur la scène politique et sociale. Ce relatif « silence des intellectuels » s’explique pour une part par leurs incertitudes ou leurs désillusions, qui ont réduit leur engagement. Par ailleurs, le pouvoir de la parole s’est déplacé, et il est à présent largement dépendant des médias, avant tout télévisuels, et les journalistes se sont peut-être accaparé, sans pour autant le remplir toujours efficacement, ce rôle de contre-pouvoir qui était le leur.

Il n’en reste pas moins que dans sa grande majorité le monde de la culture en France reste « de gauche » . Dans un sondage réalisé en 1991, les termes les plus représentatifs de la gauche pour les Français étaient, dans l’ordre : la protection sociale, la culture, la liberté, la tolérance.

Lors des dernières élections présidentielles, le comité de soutien de Ségolène Royal comptait un grand nombre d’artistes, chanteurs, acteurs, écrivains connus, alors que Nicolas Sarkozy devait se contenter de quelques noms…

 

Une mise en situation historique est ainsi nécessaire pour comprendre la place et l’engagement des intellectuels en France.

 

 

ANNEXE 2. LA DISTINCTION ET LE BON GOÛT

 

 

Origines historiques

 

Quand la bourgeoisie a conforté, après la Révolution française, son pouvoir économique en l’appuyant sur le pouvoir politique retiré à la noblesse, elle a d’abord cherché à copier les attributs et comportements de la noblesse. Ainsi au XIXème siècle, certains bourgeois goûtaient au plaisir usurpé d’un titre à particule (Monsieur ou Madame de…). Les alliances étaient également fréquentes entre familles bourgeoises et aristocrates. Les manières héritées de la noblesse se sont donc perpétuées à travers la nouvelle classe dirigeante. Les Civilités, ouvrages d’apprentissage du maintien à l’usage des courtisans sous l’Ancien Régime, ont laissé la place aux Guides du Savoir-Vivre et des Bons Usages pour les enfants de bourgeois devenus gentilhommes…

Le XIXème siècle a bâti tout un code de valeurs esthétiques et comportementales qui permet de définir, encore de nos jours, un « intérieur bourgeois », ou une attitude « bourge » (abréviation familière de « bourgeois »)

On peut considérer que les marques actuelles de « distinction sociale » sont héritée du raffinement et des règles de courtoisie de l’ancienne aristocratie (galanterie, même si on ne pratique plus guère en France le baise-main !)

 

En dépit de l’évolution des mœurs et du rejet des convenances, les Français restent dans leur ensemble très sensibles au respect des « règles élémentaires » de la vie sociale (saluer, s’excuser, remercier…) et à l’apprentissage de la politesse dans l’éducation des enfants.

 

La distinction

 

Dans son ouvrage La distinction, critique sociale du jugement, le sociologue Pierre Bourdieu vise à démontrer que les goûts de chacun sont déterminés et organisés par sa position dans la société, qu’il s’agisse des goûts en matière artistique (musique, peinture, théâtre…) ou de ceux qui touchent aux pratiques banales du quotidien (vêtement, décoration, sport, cuisine…)

Les fils de la bourgoisie « héritent » non seulement d’une fortune, mais également d’un capital culturel par lequel ils se distinguent des classes populaires. Ils font leurs études dans les « grands » lycées parisiens publics ou privés, puis intègrent les Grandes Ecoles (Sciences-Po, ENA, Polytechnique …), pratiquent des sports « nobles » (équitation, escrime, tennis…) et se marient généralement avec des partenaires du même milieu rencontrés dans des « rallyes »…

Le milieu parisien est propice à l’adoption de manières « bourgeoises » bien au-delà de la stricte classe la plus fortunée. La distinction bourgeoise crée une norme comportementale que beaucoup choisissent de suivre. Elle se marque par l ‘apparence vestimentaire, les vêtements et accessoires de marque (le célèbrissime « Carré Hermès »), ainsi que par une manière de parler, de respecter les convenances…

Hermes.com

Un qualificatif a été forgé pour désigner, souvent avec ironie, cette attitude : BCBG. C’est l’acronyme de l’expression « bon chic, bon genre », qui se prononce aussi  « bèce-bège »

L’attention au « bon goût » est d’une façon générale une préoccupation fort répandue, en particulier en matière vestimentaire.

 

Le manque de distinction

 

A l’opposé de la distinction, les Français se moquent souvent aussi du comportement petit-bourgeois ordinaire et conformiste, vulgaire et sans originalité, de celui que l’on qualifie non sans mépris de « beauf ». Le « beauf » (personnage inventé par le dessinateur Cabu, et dont le nom est l’abréviation de « beau-frère ») est une caricature du « Français moyen » ayant des aspirations médiocres, des préjugés et des idées étroites.

 

Dans la société française marquée par l’idée d’égalité parfois portée jusqu’à la peur des différences, on voit que la recherche de la distinction est une préoccupation fort répandue, quelles que soient les moyens par lesquels on y parvient.

 

 Etre_ou_ne_pas__tre_beauf_cabu_2007

Présentation de l’Editeur :

Qui ne connaît pas le beauf ? Un Français grande gueule, brave type au racisme ordinaire, bardé de convictions… Le Larousse l’a même fait entrer au panthéon de ses pages. Reconnu digne du dictionnaire, c’est dire ! La consécration ! Mais le beauf c’est pas seulement celui né en 74 à Hara-Kiri, indécrottablement attaché à des valeurs du passé… C’est aussi le nouveau beauf, adepte du modernisme des années 90. Le nouveau beauf est né avec les années Chirac, en 94-95, quand les téléphones portables, les 4×4, les comportements-m’as-tu-vu et les incivilités de toutes sortes sont devenus les signes extérieurs de l’existence de beaufs d’un nouveau genre. Un beauf, deux beaufs, des beaufs, et puis tous les autres… Une telle situation exigeait un manuel afin de venir en aide aux contemporains du beauf, de les aider à démêler l’ancien du nouveau, distinguer l’authentique et l’incontestable, et donner enfin à chacun quelques repères de “beaufitude”. Au risque d’y reconnaître un voisin, un ami, un proche, voire… peut-être soi-même, tant il est vrai qu’il y a toujours un peu de beauf qui sommeille en chacun de nous.